Le débat ouvert par l’arrivée de la société Uber et de ses concurrents sur le marché des transports urbains en voiture individuelle n’est pas près de se solder tant il est caractéristique du mal français et des corporatismes qui bloquent la croissance dans notre pays en nous empêchant de voir la réalité du monde qui vient.

La révolution numérique rompt avec le modèle économique dans lequel nous étions enfermés en bouleversant profondément et durablement notre rapport à la consommation, au travail, à la culture et aux loisirs.

Cette réalité est désormais perceptible par l’opinion à travers des succès souvent mondiaux comme ceux d’AirBnB, de Blablacar, Netflix, Kickstarter ou autres Uber.

Nous ne devons pas être aveuglés au point de ne pas voir que ce sont les consommateurs et eux seuls qui choisissent de porter le développement de cette uberisation de notre société.

Ce tsunami bouleverse l’ordre établi et vient percuter les habitudes, les modèles existants et les législations.

Plutôt que de chercher à défendre à tout prix des mondes qui bientôt n’existeront plus, les responsables économiques et politiques ont le devoir d’anticiper ces évolutions afin d’adapter la société française à ces nouvelles pratiques.

Ne rien faire, laisser penser qu’il serait possible d’empêcher ces évolutions fait courir le risque à notre pays non seulement d’un profond retard économique, mais aussi d’une précarisation accrue pour les nouveaux acteurs de cette économie souvent qualifiée de collaborative.

Il est donc urgent d’engager une réflexion partagée entre responsables politiques et économiques. Celle-ci devra permettre de concevoir une stratégie courageuse et audacieuse de libéralisation qui aurait comme objectif de garantir des règles modernes et pragmatiques aux entreprises. C’est dans ces conditions que nous pourrons apporter aux consommateurs les nouveaux services qu’ils plébiscitent tout en garantissant une indispensable protection sociale aux acteurs de ces nouvelles structures.

Seule une réelle et sérieuse anticipation permettra de minimiser l’impact négatif, conséquence de toute période de rupture aussi profonde.

Mais à moyen terme et contrairement à ce qu’affirment ceux qui s’accrochent à des modèles qui s’effondrent, cette évolution est bel et bien porteuse d’activités et de richesses nouvelles pour notre pays. L’uberisation permet ainsi à des particuliers d’accéder à des compléments de revenus en offrant un service recherché et apprécié par les consommateurs. Offre et demande, service et rémunération convergent ainsi pour aboutir à une création de richesse dont l’origine n’est ni plus ni moins que l’abolition d’un monopole déjà contesté. Or, n’oublions pas que briser des monopoles, c’est supprimer des rentes qui une fois disparues pourront profiter à l’ensemble de la société française.

Comment accepter que l’on célèbre d’un côté la French Tech et les start-up qui en sont issues et que de l’autre on refuse d’agir pour accompagner l’impact de ce foisonnement d’innovation dont notre pays a tant à espérer ?

Ce que certains appellent l’uberisation de l’économie est sans doute, avec la montée du radicalisme religieux et le défi écologique, l’un des enjeux les plus cruciaux de notre époque.

Ces disruptions posent avec force la question de notre modèle économique et social et nous obligent à nous adapter ou à régresser.

Yves Jégo est député de Seine-et-Marne (UDI). Guillaume Cairou est président du Club des Entrepreneurs.