Sous le poids de l’opinion publique la réserve parlementaire a été supprimée.

Il s’agissait pourtant dans la réalité d’un dispositif pragmatique, transparent et de bon sens.

Rappelons que cette réserve parlementaire était un droit de tirage annuel de 120 000€ permettant à chaque parlementaire de flécher vers des collectivités ou des associations de sa circonscription des subventions.

Celles-ci étant accordées ensuite sur la base d’un dossier technique détaillé et contrôlé par les ministères concernés.

Ce dispositif, devenu totalement transparent sous le précédent quinquennat, facilitait la vie des territoires déjà mis à rude épreuve par la baisse des dotations publiques. Il permettait par exemple de débloquer des projets concrets utiles aux administrés et aux communes, qui ne trouvaient aucun appui dans les méandres du financement public.

Très utile en milieu rural où les communes et les associations sont moins pourvues qu’en milieu urbain, cette réserve parlementaire était de fait le lien tangible entre l’élu national et son territoire d’élection.

La bataille de l’opinion a été perdue et l’on a fait croire aux Français qu’il s’agissait là d’un moyen obscur et clientéliste de s’acheter des voix en distribuant de l’argent public sans aucun contrôle.

Si c’était le cas comment comprendre alors que 419 nouveaux députés aient pu être élus sans de fait avoir bénéficié des bienfaits électoraux de ce dispositif ?!

Paradoxalement sa suppression accentuera encore davantage le pouvoir à la technocratie, seule apte désormais à juger du bien commun dans l’attribution de subventions.

En effet, désormais un député ne pourra plus accorder une subvention à tel village de sa circonscription, alors que dans le même temps un sous-préfet, aux ordres du préfet, lui-même aux ordres d’un ministre, pourra, chaque année, sans aucun contrôle, accorder plusieurs centaines de milliers d’euros de Dotation d’Equipement des Territoires Ruraux aux communes de son choix, sans que personne n’y voit ni clientélisme ni fait du prince !

Ce débat est caractéristique de la dérive de notre société pour qui celui qui est élu est par nature suspect, alors que celui qui est nommé est réputé neutre et bienveillant.

Tout ceci serait seulement anecdotique au regard des défis auxquels notre pays est confronté si cette suppression n’était pas un signe clinique plus grave du mal qui ronge notre démocratie en nourrissant le populisme.

L’histoire a montré que l’antiparlementarisme n’est jamais rassasié et qu’il est en période de crise le signe inquiétant de la montée de tous les populismes.

Au-delà de la fin de ce dispositif dont l’absence révélera l’utilité, soyons ensemble élus, journalistes et citoyens attentifs collectivement à ne pas nous enfoncer encore davantage dans un antiparlementarisme primaire, nourrissant ainsi involontairement le mal que nous cherchons à combattre.

YJ